Le tableau des emplois et ressources (TER) est l’un des documents financiers les moins connus des associations, et pourtant l’un des plus utiles pour comprendre les mouvements de trésorerie et l’évolution du fonds de roulement. Cet article vous explique comment le lire, comment l’analyser et ce qu’il révèle sur la santé financière de votre structure.
Qu’est-ce que le tableau des emplois et ressources ?
Le tableau des emplois et ressources (aussi appelé tableau de financement) est un document annexe aux comptes annuels. Il retrace, sur un exercice comptable, l’ensemble des ressources stables obtenues par l’association et les emplois stables qu’elle en a faits.
Il répond à une question centrale : comment l’association a-t-elle financé ses investissements et ses besoins durables ? C’est un document de flux, à la différence du bilan qui est une photographie à un instant T.
Le TER est prévu par le règlement ANC n°2018-06, qui l’intègre comme document de synthèse recommandé pour les associations dont les comptes donnent une image fidèle de la situation financière.
Structure générale : les deux grandes colonnes
Le TER se présente en deux colonnes symétriques :
Les ressources stables
Les ressources stables sont les apports de financement à long terme dont a bénéficié l’association au cours de l’exercice :
- La capacité d’autofinancement (CAF) : le résultat de l’exercice augmenté des dotations aux amortissements et provisions, diminué des reprises. C’est le flux généré par l’activité elle-même.
- Les subventions d’investissement reçues : les aides publiques ou privées affectées au financement d’immobilisations.
- Les emprunts souscrits : tout nouvel emprunt à moyen ou long terme contracté pendant l’exercice.
- Les cessions d’actifs : le produit de la vente d’immobilisations.
- L’augmentation des fonds associatifs : apports en capital ou affectation de résultats antérieurs.
Les emplois stables
Les emplois stables représentent les affectations durables de ressources :
- Les acquisitions d’immobilisations : achats de matériels, véhicules, logiciels, travaux d’aménagement.
- Les remboursements d’emprunts : la part en capital des remboursements effectués dans l’exercice.
- La réduction des fonds associatifs : affectation d’un déficit en diminution des fonds propres.
- Les distributions de dividendes : sans objet pour les associations loi 1901 (pas de distribution possible).
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La variation du fonds de roulement net global
La variation du fonds de roulement net global (FRNG) est le solde du TER : c’est la différence entre les ressources stables et les emplois stables.
- Si les ressources stables sont supérieures aux emplois stables : le FRNG augmente. L’association a dégagé plus de ressources durables qu’elle n’en a employé. C’est a priori une bonne nouvelle.
- Si les emplois stables sont supérieurs aux ressources stables : le FRNG diminue. L’association a investi ou remboursé plus qu’elle n’a reçu de ressources stables. Cela peut signaler une tension sur la structure de financement.
Attention : une augmentation du FRNG n’est pas automatiquement positive. Si elle provient d’un emprunt important, la structure porte une dette supplémentaire qui devra être remboursée.
La deuxième partie du TER : variation du besoin en fonds de roulement
Le TER dans sa version complète comprend également une deuxième partie qui analyse comment la variation du FRNG se répartit entre :
- La variation du besoin en fonds de roulement (BFR) : évolution des créances clients, des dettes fournisseurs, des stocks. Une augmentation du BFR signifie que l’association a besoin de plus de liquidités pour financer son cycle d’exploitation.
- La variation de trésorerie nette : solde final entre la variation du FRNG et celle du BFR. C’est l’augmentation ou la diminution effective des disponibilités de l’association.
La relation fondamentale est : Variation de trésorerie = Variation du FRNG – Variation du BFR.
Exemple chiffré pour une association de services à la personne
Prenons l’exemple de l’association Horizon Solidaire, dont le budget annuel est de 420 000 euros. Voici les principaux mouvements de l’exercice :
| Ressources stables | Montant | Emplois stables | Montant |
|---|---|---|---|
| CAF (excédent 8 200 € + dotations 6 800 €) | 15 000 € | Acquisition véhicule utilitaire | 18 500 € |
| Subvention d’investissement (Département) | 10 000 € | Remboursement emprunt (capital) | 7 200 € |
| Emprunt souscrit | 0 € | ||
| Total ressources stables | 25 000 € | Total emplois stables | 25 700 € |
| Variation du FRNG (diminution) | -700 € | ||
Dans cet exemple, le FRNG diminue légèrement de 700 euros. L’association a financé son véhicule en grande partie grâce à la CAF et à la subvention, sans recourir à un emprunt. La tension est faible, mais l’analyse du BFR permettra de confirmer l’état de la trésorerie.
Comment lire le TER lors d’une réunion du conseil d’administration
Le TER n’est pas toujours présenté en CA ou en AG. C’est une erreur : il apporte des informations que le compte de résultat seul ne donne pas. Voici les trois questions à poser systématiquement :
1. La CAF couvre-t-elle les remboursements d’emprunt ?
Si la CAF est inférieure aux remboursements d’emprunts, l’association rembourse sa dette en puisant dans ses réserves ou en contractant de nouvelles dettes. C’est un signal d’alerte.
2. Les investissements sont-ils bien financés par des ressources stables ?
Un investissement financé par de la trésorerie courante (et non par un emprunt ou une subvention d’investissement) fragilise la capacité de paiement à court terme. Le TER met ce déséquilibre en évidence.
3. La trésorerie nette évolue-t-elle dans le bon sens ?
Une trésorerie nette en baisse sur deux ou trois exercices consécutifs est un signal qui mérite une analyse approfondie du BFR et des conditions de règlement des clients et financeurs.
TER et pilotage financier : complémentarité avec les autres outils
Le TER ne se lit pas seul. Il se combine avec :
- Le bilan : pour vérifier les niveaux de FRNG, BFR et trésorerie à la clôture.
- Le compte de résultat : pour comprendre d’où vient la CAF.
- Le plan de trésorerie : pour anticiper les flux futurs à 12 mois.
- Le tableau de bord mensuel : pour un pilotage infra-annuel.
Ensemble, ces outils forment le socle du pilotage financier d’une association professionnelle.
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Pour aller plus loin
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Sources juridiques et réglementaires : Règlement ANC n°2018-06 homologué par arrêté du 26 décembre 2018, relatif aux modalités d’établissement des comptes annuels des entités du secteur non lucratif (dispositions relatives au tableau de financement et aux annexes). Loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association.
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