Beaucoup de créateurs d’associations pensent que le bureau doit obligatoirement comprendre un président, un secrétaire et un trésorier. C’est une idée reçue très répandue. La loi du 1er juillet 1901 n’impose aucune composition particulière au bureau associatif : elle laisse aux fondateurs une liberté quasi totale dans l’organisation de la gouvernance. Pour autant, l’absence de trésorier n’est pas sans risques. Ce guide démêle les mythes et les réalités autour de l’obligation du trésorier dans une association, et vous explique quand ce poste est indispensable en pratique.
Ce que dit réellement la loi 1901 sur le bureau
La loi du 1er juillet 1901 et son décret d’application du 16 août 1901 ne prescrivent aucune composition obligatoire du bureau d’une association. L’article 5 de la loi précise uniquement que les associations doivent déclarer leur existence, le nom et l’adresse de leurs dirigeants, sans préciser quels postes ces dirigeants doivent occuper.
Le décret du 16 août 1901, dans ses articles 3 et 5, ne mentionne pas davantage la fonction de trésorier. Les obligations portent sur la déclaration de la liste des personnes chargées de l’administration, sans en définir les fonctions.
En d’autres termes : une association peut légalement fonctionner sans trésorier au sens formel du terme. Une association gérée par un collège de trois membres avec les fonctions de « coordinateur », « secrétaire » et « référent financier » serait parfaitement conforme à la loi 1901.
Mais attention : la liberté de la loi sur la composition du bureau ne signifie pas que la gestion financière peut être improvisée. Elle doit toujours être assurée par quelqu’un, avec les responsabilités qui en découlent.
Le mythe du bureau obligatoire « président-secrétaire-trésorier »
L’idée que le bureau associatif doit impérativement comporter ces trois fonctions est une tradition, pas une obligation légale. Elle trouve son origine dans :
- Les formulaires administratifs. Les formulaires de déclaration en préfecture et certains formulaires de demande de subvention mentionnent souvent « président », « secrétaire » et « trésorier » comme cases à remplir. Cela n’en fait pas une obligation : ce sont des cases correspondant aux fonctions les plus courantes.
- Les statuts types. De nombreux statuts types diffusés par des réseaux associatifs ou des mairies reproduisent ce schéma traditionnel. Les associations qui adoptent ces statuts sans les adapter perpétuent la tradition.
- Les habitudes bancaires. Les banques demandent généralement les coordonnées du trésorier pour ouvrir un compte associatif. Mais elles acceptent tout mandataire financier désigné par les statuts, quel que soit son titre.
Le mythe est si ancré que même des services préfectoraux ou des guichets bancaires peuvent affirmer que le trésorier est obligatoire. La réalité juridique est différente : c’est la gestion financière qui est nécessaire, pas le titre de trésorier.
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Quand l’absence de trésorier pose-t-elle problème en pratique ?
Même si la loi ne l’impose pas, l’absence d’un responsable financier clairement identifié crée des difficultés pratiques importantes :
Les relations bancaires. Pour ouvrir un compte bancaire associatif, la banque exige les statuts, le procès-verbal de l’AG constitutive et la liste des signataires autorisés. Si les statuts ne désignent pas clairement qui est habilité à gérer les finances, la banque peut refuser d’ouvrir le compte ou imposer des restrictions d’utilisation.
Les demandes de subventions. La plupart des formulaires de demande de subvention demandent les coordonnées du trésorier ou du responsable financier. Même sans obligation légale, ne pas pouvoir répondre à cette case crée une friction administrative.
La responsabilité financière. En l’absence d’un responsable financier clairement désigné, la responsabilité de la gestion des fonds pèse collectivement sur tous les membres du bureau ou du conseil d’administration. En cas de litige ou d’irrégularité, l’absence d’un responsable identifié complique la défense de chaque membre individuellement.
La continuité de gestion. Quand personne n’est officiellement responsable des finances, les tâches de gestion sont souvent partagées de façon informelle, puis abandonnées ou dupliquées en cas de départ ou de désaccord interne.
Ce que font réellement les associations sans trésorier formel
Certaines associations fonctionnent efficacement sans titre de « trésorier » en adoptant des organisations alternatives :
- Un collège de gestion financière collective : deux ou trois membres partagent les responsabilités financières avec des périmètres définis (l’un gère les paiements, l’autre le suivi budgétaire, le troisième les relations avec les financeurs).
- Un directeur salarié gestionnaire : dans les associations dotées d’une équipe salariée, la gestion financière quotidienne peut être assurée par un directeur ou un comptable salarié, supervisé par un référent financier au sein du CA.
- Un expert-comptable externalisé : certaines associations confient intégralement la tenue de leur comptabilité à un cabinet expert-comptable, le bureau se limitant à la supervision et aux décisions de gouvernance.
Ces organisations fonctionnent, mais elles supposent toutes que quelqu’un assume clairement la responsabilité financière, même sans le titre de trésorier. C’est l’accountability (responsabilité identifiée) qui compte, pas le titre.
Les associations pour lesquelles le trésorier est quasi obligatoire en pratique
Même si la loi ne l’impose pas, certaines catégories d’associations ne peuvent pas fonctionner raisonnablement sans un trésorier dédié :
- Les associations employeuses : dès qu’une association emploie des salariés, la gestion financière implique paie, charges sociales, DSN, et risques de travail dissimulé. Un trésorier formé aux enjeux RH et comptables est indispensable.
- Les associations recevant des subventions publiques : le suivi des conventions, la production des comptes rendus financiers et la gestion des avances nécessitent un responsable financier identifié et disponible.
- Les associations soumises à certification des comptes : au-delà des seuils de l’article L612-4 du Code de commerce, la relation avec le commissaire aux comptes exige un interlocuteur financier compétent.
- Les associations gérant un patrimoine important : immobilier, équipements, véhicules : la gestion d’actifs significatifs requiert un suivi financier rigoureux que seul un responsable dédié peut assurer.
Pour comprendre les obligations légales liées à la taille : consultez notre article sur le bilan d’une association et ses obligations.
Les responsabilités concrètes du trésorier associatif
Que ce soit imposé par les statuts ou adopté par tradition, le trésorier associatif porte des responsabilités bien précises :
- Supervision de la tenue de la comptabilité (qu’il la réalise lui-même ou qu’il la fasse réaliser).
- Présentation du rapport financier et des comptes annuels à l’assemblée générale.
- Gestion des relations bancaires : ouverture et clôture de comptes, délégations de signature, négociation des conditions.
- Suivi de la trésorerie et alerte du CA en cas de tension.
- Présentation du budget prévisionnel au CA pour vote avant le début de l’exercice.
- Signature des comptes rendus financiers transmis aux financeurs.
- Relation avec le commissaire aux comptes si applicable.
Ces responsabilités sont lourdes. Elles supposent un minimum de disponibilité (de quelques heures par mois dans une petite association à plusieurs jours par semaine dans une structure importante) et des compétences financières de base.
Cas pratique : association de quartier de 80 adhérents sans trésorier
Une association de quartier organisant des événements culturels avec un budget de 15 000 euros par an a fonctionné trois ans sans trésorier officiel. Le président gérait lui-même les paiements et le secrétaire tenait un tableur de suivi des recettes et dépenses.
Problème survenu : Lors d’une demande de subvention de 3 000 euros auprès de la DRAC, le formulaire demandait les coordonnées du trésorier et le bilan financier des deux derniers exercices. L’association ne disposait ni de l’un ni de l’autre dans un format acceptable.
Conséquence : Dossier refusé pour vice de forme. Perte d’une subvention accessible.
Solution adoptée : Modification des statuts pour créer officiellement la fonction de trésorier, election d’un trésorier en AG extraordinaire, et mise en place d’une comptabilité adaptée au règlement ANC 2018-06 avec production d’un bilan et d’un compte de résultat annuels.
Résultat : Dossier accepté lors de la campagne suivante et relation durable avec le financeur.
Ressources pour aller plus loin
- La comptabilité d’une association loi 1901 : guide complet
- Guide complet de gestion financière associative
- Rôle du conseil d’administration associatif
- Le bilan d’une association : obligations légales
Questions fréquentes
Un trésorier rémunéré est-il possible dans une association loi 1901 ?
Oui, sous conditions. La règle de gestion désintéressée (BOI-IS-CHAMP-10-50) encadre la rémunération des dirigeants associatifs. La rémunération du trésorier est possible pour les associations dont le budget dépasse 200 000 euros sur les trois derniers exercices, dans la limite du salaire minimum conventionnel pour 3/4 des membres du bureau. Au-delà, elle remet en cause le caractère non lucratif de l’association.
Le trésorier peut-il aussi être président ou secrétaire ?
La loi 1901 ne l’interdit pas formellement, sauf disposition contraire des statuts. En pratique, cumuler les fonctions de président et de trésorier est déconseillé : cela concentre les pouvoirs sur une seule personne et prive l’association du contrôle mutuel inhérent à la séparation des fonctions. Les financeurs publics regardent parfois défavorablement ce type de cumul.
Que se passe-t-il si le trésorier démissionne en cours d’exercice ?
Si les statuts le prévoient, le conseil d’administration peut coopter un nouveau trésorier jusqu’à la prochaine assemblée générale. La passation doit faire l’objet d’un procès-verbal documentant l’état des comptes, les accès transmis et les engagements en cours. En cas de carence (aucun candidat), le CA peut désigner temporairement un autre membre pour assurer la continuité financière.
Un trésorier bénévole est-il responsable des dettes de l’association ?
En principe, les membres du bureau d’une association loi 1901 ne sont pas responsables des dettes de l’association sur leur patrimoine personnel, sauf faute de gestion grave et caractérisée. Le trésorier engage sa responsabilité personnelle s’il commet des actes frauduleux, s’il dissimule des informations financières essentielles au CA ou s’il prend des engagements non autorisés au nom de l’association.
Faut-il modifier les statuts pour supprimer la fonction de trésorier ?
Oui. Si vos statuts actuels prévoient explicitement la fonction de trésorier (composition du bureau, durée du mandat, attributions), toute suppression ou modification de cette fonction nécessite une modification des statuts, adoptée en assemblée générale extraordinaire aux conditions de quorum et de majorité prévues par vos statuts.
Ressources externes officielles
- Légifrance : loi du 1er juillet 1901 et décret du 16 août 1901
- Service-Public.fr : gouvernance et dirigeants d’associations
- Associations.gouv.fr : organisation interne des associations
- BOFIP : gestion désintéressée et rémunération des dirigeants
Sources juridiques : Loi du 1er juillet 1901 art. 5 ; Décret du 16 août 1901 art. 3 et 5 ; Code de commerce art. L612-1 à L612-4 ; BOI-IS-CHAMP-10-50 (gestion désintéressée et rémunération des dirigeants associatifs).
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