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Gestion financière des associations

Trois solutions aux problèmes financiers courants des responsables d

AK
Akiyo Kotchoni
Fondateur, AGIL ASSO KONSEIL
1 juin 2023 🕑 13 min de lecture

Trésorerie dans le rouge en fin de trimestre, budget dépassé sur un poste imprévu, dossier de subvention refusé sans explication claire : ces situations, presque tous les responsables associatifs les ont vécues. Elles ne sont pas une fatalité. Elles ont des causes identifiables et des solutions concrètes, testées sur le terrain. Cet article présente les trois problèmes financiers les plus fréquents rencontrés par les dirigeants d’associations, et les méthodes pour les résoudre durablement.

Problème n° 1 : la trésorerie tendue en cours d’année

C’est le problème le plus fréquent et le plus stressant. Une association peut avoir un budget équilibré sur l’année, et pourtant se retrouver à court de liquidités en mars, en septembre ou en décembre. La cause : un décalage entre le moment où les charges sont payées et le moment où les ressources arrivent.

Les subventions publiques sont souvent versées en deux temps : un acompte en début d’année et le solde après présentation du bilan d’activité. Entre les deux versements, l’association doit payer ses salaires, ses charges sociales, ses fournisseurs. Si le fonds de roulement est insuffisant (réserves disponibles inférieures à 2 mois de charges fixes), la trésorerie passe dans le rouge.

La solution structurelle : construire un plan de trésorerie prévisionnel sur 12 mois glissants. Ce tableau, mis à jour chaque mois, indique mois par mois les encaissements attendus et les décaissements prévus. Il permet d’identifier les « creux » de trésorerie plusieurs mois à l’avance et de prendre des mesures correctives avant l’urgence.

Les mesures correctives possibles sont multiples :

Notre guide sur le budget prévisionnel association explique comment intégrer la prévision de trésorerie dans votre cycle de gestion annuel.

Solution n° 1 : le plan de trésorerie mensuel, outil anti-crise

Mettre en place un plan de trésorerie mensuel ne prend pas plus de deux heures lors de la première construction, puis 30 minutes par mois pour la mise à jour. Voici la méthode en quatre étapes.

  1. Lister tous les encaissements mensuels attendus : subventions (avec dates de versement prévues), cotisations, produits des prestations, dons, loyers si l’association possède des locaux. Pour les subventions, utiliser les conventions signées, pas des estimations.
  2. Lister tous les décaissements mensuels : salaires et charges sociales (dates fixes), loyer, assurances, fournisseurs (avec délais de paiement habituels), remboursements d’emprunts.
  3. Calculer le solde mensuel : encaissements moins décaissements. Identifier les mois à solde négatif.
  4. Définir des actions correctives pour chaque mois déficitaire : report d’achat, demande d’acompte, utilisation des réserves, recours à la ligne de crédit.

Ce plan doit être présenté au CA au moins trimestriellement. Il est l’outil de pilotage le plus important pour la gestion de la trésorerie associative.

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Problème n° 2 : les dépassements budgétaires récurrents

Le budget a été voté en assemblée générale. Six mois plus tard, plusieurs postes sont dépassés. En fin d’année, le résultat est déficitaire alors que les prévisions annonçaient un excédent. Ce scénario est très courant. Il a deux causes principales : une construction budgétaire insuffisamment réaliste, et un suivi en cours d’année trop rare.

La construction budgétaire insuffisamment réaliste vient souvent d’une tendance à sous-estimer certaines charges (notamment les charges de personnel avec les évolutions de salaires, les cotisations patronales, les primes) et à surestimer certaines ressources (subventions attendues mais non encore accordées, dons espérés mais non confirmés).

Une règle prudente : les ressources incertaines (subventions en cours de demande, mécénat non confirmé) ne doivent pas être intégrées dans le budget de base. Elles peuvent figurer dans un budget « scénario optimiste » séparé, mais le budget de gestion doit reposer uniquement sur des ressources confirmées ou très probables.

Le manque de suivi en cours d’année est tout aussi problématique. Un budget voté en janvier et révisé seulement en décembre ne sert à rien. Le suivi doit être mensuel, ou au minimum trimestriel, avec une comparaison systématique entre le prévu et le réalisé sur chaque poste.

Solution n° 2 : le tableau de bord budget/réalisé avec seuils d’alerte

La solution aux dépassements budgétaires passe par un outil simple : le tableau de bord budget/réalisé avec seuils d’alerte. Son principe est le suivant : pour chaque poste budgétaire, définir un seuil au-delà duquel une alerte est déclenchée et une décision est nécessaire.

Par exemple : si un poste de charges est consommé à plus de 80 % du budget annuel avant le 30 septembre, une alerte est déclenchée. Le responsable du poste doit expliquer le dépassement et proposer une mesure corrective. Cette règle simple évite les mauvaises surprises en fin d’année.

La construction de ce tableau de bord suppose quelques prérequis :

Ce tableau, présenté au CA chaque trimestre, permet une gestion proactive plutôt que curative. Consultez nos indicateurs financiers association pour compléter votre tableau de bord.

Problème n° 3 : les dossiers de subvention refusés ou sous-financés

L’association a travaillé plusieurs semaines sur un dossier de demande de subvention. La réponse est négative, ou le montant accordé est très inférieur à ce qui était demandé. Ce problème touche beaucoup de structures, notamment celles qui n’ont pas formalisé leur démarche de recherche de financements.

Les raisons de refus les plus fréquentes sont identifiables. D’abord, un projet mal ciblé par rapport aux priorités du financeur. Chaque appel à projets a des critères précis : territoire, public cible, type d’action, budget éligible. Un dossier qui ne répond pas précisément à ces critères est éliminé d’emblée. Ensuite, un budget prévisionnel peu crédible ou mal justifié. Les financeurs publics et privés sont attentifs à la cohérence entre le projet présenté et le budget demandé. Un budget mal construit signale un manque de rigueur.

Enfin, l’absence de suivi de la relation avec le financeur. Beaucoup d’associations déposent des dossiers « à froid », sans avoir établi au préalable une relation avec les instructeurs. Or, les financeurs publics apprécient les associations qu’ils connaissent, dont ils ont pu observer le sérieux et l’impact.

Solution n° 3 : une stratégie de financement structurée et relationnelle

La solution dépasse la simple amélioration des dossiers. Elle repose sur une stratégie de financement construite, qui articule quatre dimensions.

  1. La veille des financements : identifier systématiquement les appels à projets pertinents pour votre association, avec un calendrier anticipé. Ne déposer que les dossiers pour lesquels votre projet correspond précisément aux critères.
  2. La qualité des dossiers : structurer chaque dossier autour de la logique d’intervention (problème, solution, activités, résultats attendus, indicateurs de mesure). Le budget doit être détaillé, justifié poste par poste, et cohérent avec le projet narratif.
  3. La relation avec les financeurs : contacter les instructeurs avant de déposer un dossier, participer aux réunions d’information sur les appels à projets, rencontrer les élus ou les chargés de mission des financeurs publics. Cette relation se construit dans la durée.
  4. Le reporting et la fidélisation : les financeurs qui ont accordé une subvention sont les plus susceptibles de renouveler leur soutien. Un rapport d’activité soigné, remis dans les délais, avec des indicateurs d’impact chiffrés, est le meilleur argument pour une reconduction.

Pour approfondir, consultez notre guide complet sur le financement association et notre article sur les stratégies de diversification des revenus association.

Cas pratique : une association culturelle qui redresse trois problèmes en 18 mois

Une association culturelle de taille moyenne (budget : 320 000 euros, 6 salariés) présentait les trois problèmes décrits simultanément : trésorerie négative en mars et en septembre, dépassements budgétaires annuels de 18 %, et taux de réussite aux appels à projets inférieur à 25 %.

Plan d’action sur 18 mois :

  1. Mois 1-3 : Mise en place du plan de trésorerie mensuel. Identification de deux creux de trésorerie prévisibles. Négociation avec la DRAC d’un acompte de 75 % (contre 50 % précédemment). Résultat : plus de découvert en mars.
  2. Mois 3-6 : Reconstruction du budget avec seuils d’alerte par poste. Formation du trésorier et du directeur à la lecture des écarts. Résultat : deux dépassements détectés et corrigés dès juin.
  3. Mois 6-18 : Construction d’une cartographie des financeurs avec calendrier et critères. Rencontres avec trois nouveaux financeurs potentiels. Révision de la méthode de construction des dossiers. Résultat : taux de réussite aux appels à projets porté à 58 %.

Bilan global : le déficit de 18 % s’est transformé en excédent de 4 %, soit environ 12 800 euros affectés aux réserves. La trésorerie n’est plus passée sous le seuil d’alerte pendant 14 mois consécutifs.

Ressources pour aller plus loin

Questions fréquentes

Comment anticiper un problème de trésorerie avant qu’il ne devienne une crise ?

Un plan de trésorerie mensuel sur 12 mois glissants est l’outil principal. Il permet d’identifier les mois déficitaires plusieurs mois à l’avance. Complétez-le avec un suivi hebdomadaire du solde bancaire et un rapprochement mensuel avec les prévisions. Si un mois prévu positif vire au négatif, agissez immédiatement plutôt qu’en fin de trimestre.

Un budget peut-il être modifié en cours d’année ?

Oui. Un budget prévisionnel n’est pas un document figé. Si la situation change significativement (perte d’une subvention, embauche imprévue, événement annulé), le CA peut voter un budget rectificatif en cours d’année. Cette pratique, courante dans les associations bien gérées, évite de piloter avec un budget devenu caduc.

Que faire si un financeur majeur réduit sa subvention de façon imprévue ?

Trois actions immédiates : activer le plan de trésorerie pour mesurer l’impact mois par mois, convoquer un CA extraordinaire pour arbitrer les ajustements de charges, et lancer une démarche de diversification vers de nouveaux financeurs. Ne pas attendre la clôture des comptes pour réagir. Chaque mois de retard aggrave la situation.

Comment améliorer le taux de réussite des dossiers de subvention ?

En priorité : ne déposer que les dossiers pour lesquels votre projet correspond précisément aux critères de l’appel. Mieux vaut déposer trois dossiers ciblés que dix dossiers génériques. Investir dans la qualité des rapports d’activité pour fidéliser les financeurs existants est aussi un levier plus rentable que la recherche permanente de nouveaux financeurs.

Existe-t-il des obligations légales sur la construction du budget associatif ?

Aucune obligation légale ne définit la forme du budget prévisionnel pour une petite association. Mais au-delà de certains seuils (Code de commerce art. L612-1), des obligations comptables s’appliquent, dont la présentation de comptes annuels. La circulaire 5811-SG du 29 septembre 2015 impose également des documents financiers précis pour les associations conventionnées avec l’État.

Ressources externes officielles

Sources juridiques : Règlement ANC 2018-06 du 5 décembre 2018 ; Code de commerce art. L612-1 à L612-4 ; Décret 2001-495 du 6 juin 2001 ; Circulaire 5811-SG du 29 septembre 2015 ; Loi du 1er juillet 1901 art. 5.


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Pour aller plus loin

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