Dans une association, le trésorier est souvent le grand oublié. On célèbre le président charismatique, on reconnaît le secrétaire organisé, mais le trésorier reste dans l’ombre, penché sur ses tableaux. Pourtant, sans lui, l’association n’existe pas longtemps. Il est celui qui dit « on n’a pas les moyens », celui qui prévient avant que la crise arrive, celui qui permet que les projets se réalisent dans les règles. Ce guide rend justice à ce rôle essentiel et méconnu.
Les missions fondamentales du trésorier d’association
Le trésorier est responsable de la gestion financière de l’association. Ses missions couvrent l’ensemble du cycle financier : des encaissements aux paiements, du budget prévisionnel aux comptes annuels.
Ses missions principales sont :
- Tenir la comptabilité : Enregistrer toutes les recettes et dépenses, conserver les pièces justificatives, rapprocher les relevés bancaires
- Préparer le budget prévisionnel : Estimer les ressources et les charges pour l’exercice à venir, proposer des arbitrages
- Suivre l’exécution budgétaire : Comparer le réalisé au prévu chaque mois ou chaque trimestre, alerter en cas d’écart
- Présenter les comptes en AG : Expliquer les résultats financiers aux membres de l’association de façon accessible
- Gérer la trésorerie courante : S’assurer que l’association peut payer ses charges à tout moment, gérer les délais de paiement
- Instruire les demandes de subventions : Préparer les budgets prévisionnels joints aux dossiers, rédiger les comptes rendus financiers
- Encadrer les notes de frais : Valider les remboursements, s’assurer que les barèmes sont respectés
Dans les associations plus structurées, le trésorier supervise également la relation avec l’expert-comptable ou le commissaire aux comptes, pilote la clôture des comptes annuels et suit les conventions financières avec les financeurs institutionnels.
Les responsabilités juridiques du trésorier
Le trésorier n’est pas seulement un comptable bénévole. Il exerce des responsabilités juridiques réelles, qui peuvent l’exposer personnellement en cas de manquement grave.
Sur le plan civil, le trésorier peut être tenu responsable des dommages causés à l’association ou à des tiers par ses fautes de gestion. Cette responsabilité s’appuie sur les articles 1240 et suivants du Code civil. Une erreur grave, une négligence répétée ou une dissimulation d’informations financières peuvent engager sa responsabilité personnelle.
Sur le plan pénal, le trésorier qui gère des fonds associatifs est susceptible d’être poursuivi pour :
- Abus de confiance (en cas d’utilisation des fonds à des fins personnelles)
- Faux et usage de faux (en cas de falsification de pièces comptables)
- Escroquerie (en cas de fausses déclarations à un financeur)
En matière fiscale, le trésorier est impliqué dans les déclarations fiscales de l’association. Si l’association exerce des activités lucratives soumises aux impôts commerciaux (impôt sur les sociétés, TVA, CET), il est en première ligne pour s’assurer de la conformité des déclarations.
La Cour de cassation a rappelé (Cass. com. 18 mai 2010, n° 09-66.181) que la responsabilité des dirigeants peut être engagée en cas de faute de gestion ayant contribué à la défaillance de l’association. Le trésorier est un dirigeant de droit au sens de cette jurisprudence.
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Les outils quotidiens du trésorier
Pour exercer ses missions efficacement, le trésorier a besoin d’outils adaptés à la taille et à la complexité de son association.
Les outils indispensables :
- Un logiciel ou tableur de comptabilité structuré (adapté au plan de comptes ANC 2018-06)
- Un tableau de suivi de trésorerie (prévisions d’encaissements et de décaissements sur 3 mois glissants)
- Un classeur de pièces justificatives (physique ou numérique, organisé par mois et par type)
- Un tableau de suivi des subventions (montants accordés, versements reçus, soldes attendus)
- Un tableau de bord mensuel présenté au bureau (résumé en 5 indicateurs clés)
Les outils complémentaires selon la taille :
- Un logiciel de gestion des notes de frais (pour les associations avec des bénévoles actifs)
- Un outil de dématérialisation des factures
- Un accès partagé à un logiciel comptable en ligne pour le travail collaboratif avec l’expert-comptable
Le trésorier doit également maîtriser les bases du vocabulaire comptable pour dialoguer avec son expert-comptable : résultat, capitaux propres, trésorerie nette, charges variables/fixes, fonds de roulement. Une formation de deux jours peut transformer un trésorier hésitant en trésorier confiant.
Le trésorier dans la gouvernance associative
Le trésorier ne travaille pas en silo. Il est un acteur clé de la gouvernance associative, en relation permanente avec le président, le secrétaire, le conseil d’administration et les financeurs.
Sa place dans la gouvernance :
- Vis-à-vis du président : Il est le premier conseiller financier. Il dit non quand les finances ne permettent pas, propose des alternatives quand un projet est trop coûteux, alerte en cas de risque de déficit.
- Vis-à-vis du CA : Il présente les comptes et les prévisions à chaque réunion. Il explique, vulgarise, répond aux questions. Il ne cache pas les difficultés.
- Vis-à-vis des financeurs : Il produit les comptes rendus financiers dans les délais. Il répond aux demandes de justification. Sa rigueur protège la réputation de l’association.
- Vis-à-vis du directeur salarié (s’il existe) : Il valide les engagements de dépenses significatifs. Il s’assure que les dépenses sont conformes aux budgets des projets subventionnés.
Dans les associations qui disposent d’un directeur salarié, la répartition des rôles entre le trésorier et le directeur doit être clairement établie. Le trésorier reste responsable devant le CA de la qualité des comptes, même si la saisie quotidienne est déléguée au directeur ou à un comptable salarié.
Comment valoriser le rôle du trésorier et éviter l’épuisement
La principale difficulté du trésorier bénévole est l’isolement et la sous-estimation de son rôle. On ne le convoque que quand il y a un problème. On ne le remercie pas quand les comptes sont bons. On le désigne souvent parce que « il comprend les chiffres » et non parce qu’il a choisi ce rôle.
Les bonnes pratiques pour valoriser le trésorier :
- Inclure le trésorier dans toutes les décisions financières en amont, pas seulement pour validation a posteriori
- Lui consacrer un temps dédié à chaque réunion du bureau (présentation du tableau de bord en 10-15 minutes)
- Lui offrir une formation en début de mandat (comptabilité associative, lecture de bilan, gestion de trésorerie)
- Mettre en place un trésorier adjoint pour assurer la continuité et éviter la dépendance à une seule personne
- Reconnaître publiquement son travail en assemblée générale
- Lui fournir des outils adaptés plutôt que de le laisser se débrouiller avec des tableurs bricolés
Un trésorier qui se sent utile, formé et reconnu reste plus longtemps et exerce ses fonctions avec plus d’efficacité. La rotation trop rapide des trésoriers est un facteur de risque financier pour l’association.
Cas pratique : Marie, trésorière de l’association Couleurs Solidaires
Marie est trésorière bénévole depuis trois ans d’une association culturelle de 45 membres, avec un budget de 38 000 euros. Elle a repris le rôle sans formation, après le départ précipité de l’ancienne trésorière.
Situation initiale : comptabilité en retard de 8 mois, un fournisseur relaçant pour une facture impayée de 1 200 euros, aucun suivi de trésorerie.
Actions menées en 6 mois :
- Formation de deux jours en comptabilité associative (financement sur budget formation du CA)
- Mise en place d’un tableur de suivi bancaire hebdomadaire
- Régularisation de toutes les écritures en retard avec l’aide d’un bénévole comptable
- Présentation d’un tableau de bord simplifié au CA (3 indicateurs : solde banque, résultat prévisionnel, prochaine échéance)
- Désignation d’un trésorier adjoint pour assurer la continuité
Résultat : les comptes 2024 ont été présentés en AG sans incident. L’association a obtenu une subvention régionale de 6 000 euros, conditionnée à la production de comptes en règle. Marie a été réélue à l’unanimité et intervient désormais dans des formations pour trésoriers bénévoles.
Ressources pour aller plus loin
- Formation trésorier d’association par AGIL
- Gestion financière d’une association : guide complet
- Responsabilité civile et pénale du dirigeant d’association
- Rôles et responsabilités des dirigeants associatifs
Questions fréquentes
Le trésorier est-il obligatoire dans une association ?
La loi de 1901 n’impose pas de trésorier. Mais les statuts de la quasi-totalité des associations prévoient ce poste. En pratique, sans trésorier désigné, la gestion financière n’est pas attribuée, ce qui expose l’association à des risques de désordre comptable et de conflits entre membres.
Le trésorier peut-il signer des chèques à la place du président ?
Oui, si les statuts ou le règlement intérieur le prévoient, ou si une délégation de signature lui a été accordée. La banque doit être informée de cette délégation par un document officiel (PV de CA ou statuts). En pratique, le trésorier est souvent co-signataire avec le président pour les montants importants.
Que faire si le trésorier découvre une irrégularité dans les comptes ?
Il doit en informer immédiatement le président et le conseil d’administration, par écrit. Si l’irrégularité constitue une infraction pénale (détournement de fonds, falsification), il peut être tenu de la signaler aux autorités. Le silence complice peut engager sa propre responsabilité.
Le trésorier peut-il déléguer ses missions ?
Oui, notamment à un trésorier adjoint ou à un comptable salarié. Mais la délégation ne dispense pas le trésorier de sa responsabilité finale vis-à-vis du CA. Il doit contrôler le travail délégué et rendre compte en son nom des résultats financiers.
Combien d’heures par mois faut-il consacrer au rôle de trésorier ?
Cela dépend de la taille de l’association. Pour une petite association (budget inférieur à 50 000 euros), compter 4 à 8 heures par mois. Pour une association de taille moyenne avec des salariés et plusieurs financeurs, le trésorier peut consacrer 15 à 20 heures mensuelles à ses fonctions, davantage en période de clôture.
Ressources externes officielles
- Légifrance : textes de référence sur les associations
- Service-Public.fr : rôles des membres du bureau
- Associations.gouv.fr : gouvernance et gestion financière
- BOFiP : fiscalité des associations (BOI-IS-CHAMP-10-50)
Sources juridiques : Code civil art. 1240 et suivants ; Cass. com. 18 mai 2010 n° 09-66.181 ; Règlement ANC 2018-06 du 5 décembre 2018 ; Loi du 1er juillet 1901.
Articles sur le même thème
- Administrateur d’association : rôle et responsabilités au CA
- Bureau d’association : composition et rôles
- Responsabilité civile et pénale du dirigeant d’association
Pour aller plus loin
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