Dans une association, la gestion financière n’est pas l’affaire d’une seule personne. Elle est partagée entre plusieurs acteurs dont les rôles se complètent sans se superposer : le président, représentant légal et garant stratégique; le trésorier, gardien de la rigueur comptable; le directeur salarié, opérateur de la gestion quotidienne. Comprendre qui fait quoi en matière financière est la condition d’une gouvernance saine et d’une association durable.
Pourquoi la mission financière est partagée dans une association
Le modèle associatif repose sur une séparation des pouvoirs entre les organes bénévoles (CA, bureau) et, le cas échéant, l’équipe salariée. Cette séparation protège l’association contre les abus, les erreurs non détectées et les conflits d’intérêts.
En matière financière, cette séparation se traduit par :
- Une décision collective sur les orientations budgétaires (CA et AG)
- Un contrôle bénévole de la gestion (trésorier)
- Une exécution opérationnelle déléguée (directeur salarié ou trésorier selon la taille)
- Une reddition de comptes régulière aux membres (AG annuelle)
Cette architecture est conforme à l’esprit de la loi du 1er juillet 1901, qui fonde l’association sur le contrat entre membres et la gestion désintéressée. Toute confusion des rôles ou concentration des pouvoirs financiers dans une seule main est un signal de risque de gouvernance.
La clarté des missions financières est aussi une exigence des financeurs. Les conventions de subvention exigent souvent l’identification nominative du trésorier ou du responsable financier. Un rapport d’audit ou une demande de renouvellement de conventionnement passe par la vérification que les rôles sont bien distribués et exercés.
Les prérogatives financières du président d’association
Le président est le représentant légal de l’association. À ce titre, il détient des prérogatives financières de premier rang, même s’il ne gère pas les comptes au quotidien.
Ses prérogatives financières incluent :
- Signature des conventions de financement : Le président signe au nom de l’association toutes les conventions avec les financeurs (État, collectivités, fondations). Il engage juridiquement l’association sur les montants, les livrables et les conditions de reversement.
- Signature des contrats engageant financièrement l’association : Baux, contrats de travail, marchés de travaux ou de services, emprunts bancaires.
- Ordonnancement des dépenses : Dans certaines organisations, le président « ordonne » les dépenses (les autorise) et le trésorier les « mandate » (les exécute). Cette séparation est une bonne pratique de contrôle interne.
- Représentation financière externe : Interlocuteur des banques, des commissaires aux comptes, de l’administration fiscale.
Le président ne peut pas tout décider seul. Les décisions d’investissement significatives, les modifications budgétaires importantes et les emprunts doivent généralement être validés par le CA ou l’AG selon les statuts. Le dépassement de ces limites engage sa responsabilité personnelle (Code civil art. 1240 et suivants).
Dans les associations sans salarié, le président assure souvent de facto des missions qui relèveraient normalement d’un directeur : signature des bons de commande, validation des devis, gestion des impayés. Cet empilement de rôles est un facteur de risque qui mérite d’être organisé par un règlement intérieur précis.
Téléchargez : le diagnostic de financement de votre association
Identifiez vos dépendances et les leviers concrets pour diversifier vos ressources.
Les prérogatives financières du trésorier
Le trésorier est le garant de la rigueur financière au quotidien. Il exerce des prérogatives comptables et de contrôle qui en font un acteur incontournable de la gouvernance financière.
Ses prérogatives spécifiques :
- Tenue ou supervision de la comptabilité : Le trésorier s’assure que toutes les opérations sont enregistrées, justifiées et conformes au plan de comptes (ANC 2018-06).
- Élaboration et suivi du budget : Il prépare le budget prévisionnel soumis au vote de l’AG, puis suit son exécution mois par mois.
- Présentation des comptes en AG : Le rapport financier annuel est présenté par le trésorier. Il doit être compréhensible pour des membres non financiers.
- Validation des paiements : Le trésorier autorise ou cosigne les paiements. Dans les associations avec des procédures de contrôle interne, il valide avant que le paiement soit exécuté.
- Alerte financière : Si la trésorerie se dégrade ou si un dépassement budgétaire est constaté, le trésorier a l’obligation d’alerter le président et le CA immédiatement.
Le trésorier est un dirigeant bénévole. Sa responsabilité civile peut être engagée s’il a commis une faute de gestion (Cass. com. 18 mai 2010, n° 09-66.181). Il ne peut pas se retrancher derrière sa qualité de bénévole pour justifier une négligence grave.
Les prérogatives financières du directeur salarié
Dans les associations qui ont recruté un directeur salarié, ce dernier assure la gestion opérationnelle et, souvent, une partie des missions financières. Son périmètre doit être défini précisément dans sa lettre de mission ou son contrat de travail.
Les missions financières habituellement déléguées au directeur salarié :
- Saisie comptable quotidienne ou supervision de la saisie par un comptable
- Préparation des dossiers de demande de subvention et des comptes rendus financiers
- Gestion des relations avec les fournisseurs (bons de commande, suivi des factures)
- Préparation des éléments de paie (transmis au gestionnaire de paie ou à l’expert-comptable)
- Suivi de la trésorerie et alerte en cas de tension
- Élaboration des tableaux de bord présentés au bureau et au CA
La délégation de pouvoirs au directeur doit être formalisée. Sans délégation écrite, le directeur agit par mandat tacite du président, ce qui peut créer des ambiguïtés en cas de litige. La délégation doit préciser les montants au-delà desquels l’accord du président ou du CA est requis.
Une bonne pratique est de distinguer : les dépenses de gestion courante (jusqu’à un certain montant, le directeur décide seul), les dépenses significatives (accord du trésorier ou du président requis), les investissements ou engagements pluriannuels (décision du CA).
Coordonner les missions financières : les outils de gouvernance
La coexistence de plusieurs acteurs financiers exige des outils de coordination pour éviter les angles morts et les doubles emplois.
Les outils recommandés :
- Un règlement financier intérieur : Document qui précise qui peut engager quoi, jusqu’à quel montant, avec quelle validation. Il évite les conflits et protège chacun.
- Un tableau de bord mensuel partagé : Accessible au président, au trésorier et au directeur, il permet à chacun de suivre la situation sans dépendre des autres pour l’information.
- Des réunions budget régulières : Une réunion trimestrielle entre le président, le trésorier et le directeur pour analyser les écarts et ajuster les prévisions.
- Un calendrier financier annuel : Budget prévisionnel, clôture des comptes, AG, dépôt des comptes rendus financiers, renouvellement des conventions. Ce calendrier évite les oublis et les urgences.
La gouvernance financière n’est pas une question de confiance, c’est une question de procédures. Les associations les mieux gérées ne sont pas celles où tout le monde se fait confiance, mais celles où les procédures sont claires et respectées quelle que soit la qualité des relations humaines.
Cas pratique : l’association Territoires Actifs clarifie ses rôles
Territoires Actifs est une association de développement local, 8 salariés, budget 420 000 euros. En 2023, un audit de gouvernance révèle que le directeur signe seul des commandes jusqu’à 15 000 euros, que le trésorier n’a pas accès au logiciel comptable et que le président découvre les résultats annuels lors de l’AG.
Le plan de clarification mis en place :
- Rédaction d’un règlement financier : seuils de 500/3 000/10 000 euros avec délégations précises
- Ouverture d’un accès « lecture » au logiciel comptable pour le trésorier et le président
- Mise en place d’un tableau de bord mensuel envoyé le 5 de chaque mois
- Réunion budget trimestrielle formalisée (ordre du jour type, compte-rendu systématique)
Un an après : le trésorier a détecté deux dépassements budgétaires mineurs avant qu’ils ne deviennent critiques. La prochaine convention triennale avec le Conseil Régional a été obtenue sans réserve sur la gouvernance financière. Le directeur travaille avec plus de sérénité car ses délégations sont claires.
Ressources pour aller plus loin
- Rôles et responsabilités des dirigeants associatifs
- Directeur salarié d’association : rôle et statut
- Responsabilité civile et pénale du dirigeant d’association
- Formation pilotage financier pour associations
Questions fréquentes
Qui est responsable financièrement dans une association ?
La responsabilité financière est partagée entre tous les dirigeants. Le président et le trésorier sont les premiers concernés, mais tout membre du CA peut voir sa responsabilité engagée s’il a approuvé des décisions fautives. Le directeur salarié est responsable dans le cadre de ses délégations.
Le directeur salarié peut-il signer les conventions de subvention ?
Uniquement si une délégation de signature lui a été accordée par le président, par décision du CA. Sans délégation formelle, seul le président peut engager l’association par sa signature. Certains financeurs exigent que ce soit le président lui-même qui signe, quelle que soit la délégation interne.
Que se passe-t-il si le trésorier et le président sont en désaccord sur une dépense ?
Le désaccord doit être soumis au CA, seul organe compétent pour arbitrer entre deux membres du bureau. Le trésorier peut mettre en minorité une décision du président en saisissant le CA. Si le désaccord persiste sur des questions fondamentales, le recours à l’AG peut être nécessaire.
Faut-il un règlement financier intérieur ?
Ce n’est pas obligatoire légalement, mais c’est fortement recommandé dès que l’association a des salariés ou gère des subventions publiques. Ce document précise les délégations, les seuils, les procédures de validation et protège chacun en cas de litige ou de contrôle.
Le trésorier peut-il exiger l’arrêt d’un paiement ?
Le trésorier peut refuser de valider un paiement qui lui paraît irrégulier ou non conforme au budget voté. Ce refus doit être motivé et transmis par écrit au président. Si le président passe outre sans décision du CA, le trésorier peut saisir le CA en urgence pour faire constater l’irrégularité.
Ressources externes officielles
- Légifrance : loi du 1er juillet 1901
- Service-Public.fr : rôle des dirigeants d’association
- Associations.gouv.fr : gouvernance associative
- Economie Sociale et Solidaire : guides pratiques
Sources juridiques : Loi du 1er juillet 1901 art. 5 ; Code civil art. 1240 et suivants ; Cass. com. 18 mai 2010 n° 09-66.181 ; Règlement ANC 2018-06 du 5 décembre 2018.
Articles sur le même thème
- Administrateur d’association : rôle et responsabilités au CA
- Bureau d’association : composition et rôles
- Responsabilité civile et pénale du dirigeant d’association
Pour aller plus loin
Vous voulez renforcer la gouvernance de votre association et professionnaliser vos instances dirigeantes ? Nos formations sur mesure accompagnent les présidents, trésoriers et directeurs dans la construction d’un projet associatif solide.
Téléchargez : le diagnostic de financement de votre association
Identifiez vos dépendances et les leviers concrets pour diversifier vos ressources.



