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Création Association

Épicerie sociale ou solidaire : quelle différence, vraiment ?

AK
Akiyo Kotchoni
Fondateur, AGIL ASSO KONSEIL
• 14 août 2026 • 🕑 8 min de lecture

Quand un porteur de projet cherche s’il faut ouvrir une épicerie « sociale » ou « solidaire », il attend deux définitions bien séparées. Il repart souvent avec une idée fausse. Voici la réponse franche, avant les nuances : sur le plan juridique, il n’existe pas de statut « épicerie sociale » distinct d’un statut « épicerie solidaire ». C’est le même dispositif, désigné par deux mots que le secteur emploie le plus souvent ensemble.

Ce qui compte vraiment derrière votre projet tient en trois éléments concrets : le modèle de participation financière, le statut de la structure porteuse, et l’habilitation à l’aide alimentaire. Reprenons dans l’ordre.

Ni le Ministère ni ANDES ne séparent les deux termes

Le Ministère du Travail et des Solidarités décrit un dispositif unique, qu’il nomme « épiceries sociales et solidaires ». Sa définition tient en une phrase : des structures qui proposent en libre-service des denrées contre une participation financière proportionnelle à la valeur des produits, le bénéficiaire gardant un statut de consommateur et non d’assisté.

ANDES, le réseau national de référence, va dans le même sens. L’association emploie le terme « épicerie solidaire » pour désigner exactement ce modèle, sans jamais le distinguer d’une « épicerie sociale ». Les deux appellations recouvrent la même réalité de terrain.

Le texte qui fait référence n’est pas une loi portant sur le nom, mais la Charte nationale des épiceries sociales et solidaires, publiée en 2020. Elle pose les principes communs : solidarité, dignité, autonomie, lien social, santé par l’alimentation. Aucune ligne n’y sépare une catégorie « sociale » d’une catégorie « solidaire ».

Le vrai marqueur : la participation de 10 à 30 %

Ce qui caractérise une épicerie solidaire, et la sépare nettement d’une distribution gratuite comme une banque alimentaire, c’est que le bénéficiaire paie. Il règle une participation généralement comprise entre 10 et 30 % du prix affiché en magasin. Ce pourcentage n’est pas un détail comptable. Il porte tout le modèle : le bénéficiaire choisit ses produits en libre-service, conserve sa dignité de client, et l’épicerie encaisse une recette qui allège son propre budget de fonctionnement.

L’accès obéit à une logique d’accompagnement. Les personnes sont le plus souvent orientées par un travailleur social, pour une durée limitée, souvent de trois à neuf mois renouvelables, le temps de passer un cap et de retrouver une autonomie. On est loin d’un simple point de distribution alimentaire.

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Alors pourquoi deux mots ? Des usages, pas des règles

Si le droit ne tranche pas, d’où vient le doute ? De l’usage. Selon les territoires, les habitudes et l’histoire de chaque structure, on parlera plutôt d’épicerie « sociale » ou plutôt de « solidaire ». Là où une nuance est parfois perçue, elle porte sur l’ambition du projet, jamais sur une catégorie juridique. Certaines structures insistent sur l’ouverture à un public mixte, d’autres sur la participation des bénéficiaires à la vie de l’épicerie, d’autres encore sur un public strictement orienté par les services sociaux. Ces accents existent, mais ils ne créent pas deux statuts. C’est précisément pour cette raison que les pouvoirs publics ont retenu l’expression englobante « sociales et solidaires ».

Retenez la règle simple : choisir « sociale » ou « solidaire » relève de votre communication et de votre ancrage local, pas d’une obligation réglementaire.

L’habilitation à l’aide alimentaire : le vrai enjeu réglementaire

Voilà le point qui mérite votre attention, bien avant le choix du nom. Une épicerie solidaire qui distribue de l’aide alimentaire entre dans le champ du Code de l’action sociale et des familles.

L’article L266-1 fixe les objectifs de la lutte contre la précarité alimentaire : un accès à une alimentation sûre et diversifiée, dans le respect de la dignité des personnes, avec une exigence de durabilité. L’article L266-2 définit l’aide alimentaire et pose une règle décisive : seules les structures habilitées peuvent recevoir des contributions publiques. Les conditions de cette habilitation figurent aux articles R266-1 à R266-10 : proposer un accompagnement, assurer la traçabilité des denrées, respecter les règles d’hygiène et de sécurité sanitaire, et transmettre des données chiffrées sur l’activité.

Concrètement, l’habilitation devient obligatoire dès que votre épicerie reçoit des contributions publiques (subventions, mise à disposition de locaux, prise en charge de frais) ou des denrées financées sur fonds publics. Elle ne s’impose pas si vous ne recevez que des dons privés ouvrant droit à défiscalisation. La demande se dépose au niveau régional, auprès du préfet de région, tant que votre structure intervient sur moins de neuf départements.

Ce que ça change pour votre projet

Ne vous perdez pas dans le choix du mot. Ce qui fera tenir votre épicerie, ce sont des questions de fond : quel public visez-vous, quelle participation demandez-vous, quel est le budget d’ouverture et de fonctionnement, qui porte juridiquement la structure, êtes-vous habilité à recevoir des financements publics ? Le plus souvent, une épicerie solidaire est portée par une association loi 1901, parfois par un centre communal d’action sociale. Mais la forme juridique ne suffit pas : c’est l’équilibre du modèle socio-économique qui décide de la survie du projet, entre recettes de participation, subventions, mécénat et maîtrise des coûts.

C’est là que se joue la réussite ou l’essoufflement d’un projet d’épicerie, pas dans le débat sémantique.

Questions fréquentes

Une épicerie solidaire doit-elle être une association ?
Le plus souvent, oui : la forme la plus répandue est l’association loi 1901, parfois adossée à un centre communal d’action sociale. Ce n’est pas une obligation liée au nom, mais un choix de structure porteuse cohérent avec un projet non lucratif.

Faut-il une habilitation pour ouvrir ?
Oui, dès lors que vous recevez des contributions publiques ou des denrées sur fonds publics, au titre des articles L266-2 et R266-1 à R266-10 du Code de l’action sociale et des familles. Sans financement public, l’habilitation n’est pas requise.

Quelle participation financière demander aux bénéficiaires ?
La référence commune, rappelée par le Ministère et par ANDES, se situe entre 10 et 30 % du prix affiché. Le taux peut être ajusté selon la situation des personnes accueillies.

« Sociale » ou « solidaire » : lequel choisir ?
Celui qui parle le mieux à votre territoire et à vos partenaires. Aucun des deux ne vous impose d’obligations différentes.

Aller plus loin

Nommer son épicerie est la partie facile. Construire un modèle qui tient dans la durée, calibrer la participation, sécuriser l’habilitation et bâtir un budget réaliste, voilà ce qui demande une méthode. AGIL ASSO KONSEIL accompagne les porteurs de projet et les associations sur le modèle socio-économique, le budget, le projet associatif et la gouvernance. Pour cadrer votre projet, commencez par notre guide pour ouvrir une épicerie solidaire, puis parlons de votre situation.

Sources

Ministère du Travail et des Solidarités, « Les épiceries sociales et solidaires ». ANDES, « Qu’est-ce qu’une épicerie solidaire ». Charte nationale des épiceries sociales et solidaires, 2020. Code de l’action sociale et des familles, articles L266-1, L266-2 et R266-1 à R266-10.

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